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C.Jo dans les cafés

Par -C.Jo-
Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 18:11







J'entre chez Odette. Je lui dis bonjour  sans oublier les règles élémentaires pour se faire aimer des petites vieilles.
" Bonjour, oh vous avez vu ce temps ? On ne se croirait pas au printemps, blablabla blablabla..."  

Maintenant , il est plus facile pour moi de m'échouer sur la première table venue en étalant tout mon bazar : pastel, carnets de croquis, crayons en tout genre.
Miracle ! La table était partiellement vide. Pas de plantes vertes poussièreuses ni sacs de tissus crades, seulement quelques prospectus et le TéléStar - la bible d'Odette.

Je m'installe et je me sens étrangement sereine. Une respire à plein poumon en appréciant cette délicieuse odeur que j'ai failli oublier : l'odeur si particulière du café glauque mélangée à la douce fumée de cigarette.

Un homme est assis au bar, il fume au dessus de sa bière une cigarette de tabac brun rejetant de sa bouche une épaisse fumée l'enveloppant tout entier. Salivant déjà à l'idée de déguster un café-clope dans l'empire du glauque, je demande à Odette, qui me préparait un de ces cafés dégueulasse, si on peut fumer à l'intérieur, et elle me répond " De toute façon j'ai plus de licence alors je ne vois pas qui viendrait me dire quoi que ce soit".

Je réalise alors que je ne suis plus une cliente mais l'invité d'Odette. Je souris à cette idée en me roulant une cigarette, puis Odette apporte mon café en me disant "ça fera 1€30". A cet instant mon sourire s'élargit, c'est trop génial, je suis dans un bar clandestin.

Je profite du fait que je cherche mon briquet pour vider mon sac sur la table et installer mon matériel. Eh merde ! J'ai encore perdu mon briquet. Je vais être obligée d'emprunter au vieux du bar. Je lui demande en me levant pour éviter qu'il ne squat trop près de moi, mais c'est raté pour cette fois, il s'avance me tend son feu et se penche au dessus de mes dessins en faisant un  vague compliment puis il prend le carnet de mes mains et regarde page par page.
"Ah vous avez un gros problème avec la perspective"
"Oui c'est vrai que c'est un peu bancal"
"Et oui que voulez-vous c'est un métier, moi j'ai étudié le dessin industriel. Moi ça je sais faire. Ouh, oui de gros, gros problèmes de pers."

Je suis consciente de mon niveau pitoyable de dessin, mais c'est pas pour ça que j'apprécie qu'un vieux mec bourré me le fasse remarquer. Enfin, j'ai commencé à dessiner sans rien dire. Mine de rien j'avais énormément de boulot.

Mon amie Carole est venue me rejoindre dès que je lui ai discrètement dit au télephone que c'est c'était le dernier café fumeur de Savigny mais également les dernières heures de Chez Odette.

Elle s'installe pour dessiner à ma table. Dessiner les recoins du café nous oblige à l'observer dans ses moindres détails. Nous découvrons de magnifiques natures mortes de détritus en tout genre et il est très difficile de ne pas se faire griller alors que nous sommes fréquement prises de fou rire. Carole me fait la pire des grimaces en avalant la première gorgée de café -oui même quand on est habitué ça fait un choc-  je peux alors me vanter auprès d'elle d'avoir vaillement terminé le mien.

L'après midi se poursuit calmement et studieusement avec en fond sonore Arte et des monologues passionnants de poivrot. Et puis d'un seul coup, le vieux bourré me dit :
"Eh mais vous savez que c'est interdit de dessiner les gens sans demander leur permission"
Et le voila qui s'avance.
"J'pourrais porter plainte vous savez?"
"Alors là ça me ferait bien marrer, parce vu mon niveau de dessin, ça m'étonnerait que quelqu'un vous reconnaisse!"
"Faites donc voir, oh bah terminez le et donnez le moi et en échange je vous offre un café"
"Non, non mais je vous asure c'est pas nécéssaire..."
"Oh bah si! Aller Dedette un autre café pour la d'moiselle."
Carole qui était face à moi a beaucoup ri, parce que lorsqu'on va chez Odette, on est psychologiquement préparé à boire un café déguelasse, on peut y survivre, mais pas deux.
En plus d'avoir perdu 10 min à réaliser un dessin que je ne pourrais même pas rendre dans mon devoir, je devais en plus boire un truc dégueu.

C'est ainsi que s'est achevé ma dernière visite chez Odette.



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